Et si tout le Bénin cultivait sa santé ?

Article : Et si tout le Bénin cultivait sa santé ?
Crédit: Chamsou-Dine Baguiri
18 août 2025

Et si tout le Bénin cultivait sa santé ?

Dans les communes de Djougou et Ouaké, situées dans le département de la Donga au Bénin, les jardins communautaires ne sont plus de simples espaces de culture. Ils sont devenus de véritables foyers de transformation sociale, nutritionnelle et économique. Grâce à l’engagement des maraîchers et à des pratiques agroécologiques durables, ces potagers collectifs offrent aux familles une alimentation saine et variée. Entre témoignages émouvants et constats médicaux, cette initiative locale redonne vie aux sols, aux corps et aux esprits et pourrait bien inspirer tout le pays.

À Daringa, un village de Djougou, dès les premières lueurs du jour, le jardin communautaire situé près du barrage s’anime. Les rayons du soleil caressent les feuilles de choux, de laitues, d’amarante et de piments encore perlées de rosée. Grâce à un système d’irrigation par aspersion et goutte-à-goutte, les cultures prospèrent. Femmes et hommes s’affairent. Certains récoltent des amarantes fraîches et d’autres arrosent délicatement des rangées de gombo.

Le même tableau se dessine à quelques kilomètres de là. C’est dans le village de Kantè situé dans la commune de Ouaké. Là aussi, les jardins communautaires ont changé le quotidien des habitants, améliorant leur alimentation, leur santé et leur autonomie.

Des maraîchers qui cultivent la vie

Quelques maraichers présentant des légumes récoltés – Crédit photo Chamsou-Dine Baguiri

« Avant, c’était difficile », confie Amina Worou, maraîchère à Daringa, en essuyant la terre de ses mains. « Les légumes étaient chers. On se nourrissait principalement de céréales et les enfants tombaient souvent malades. Depuis que nous avons ces jardins, les choses ont changé. Nous avons de quoi manger et même de quoi vendre. Tout le monde se porte mieux. »

À Ouaké, Roufaï Djambalo, maraîcher, partage le même enthousiasme. « Nous avons appris à cultiver de manière saine, sans produits chimiques. Ce sont les fientes de cabris et de bœufs que nous utilisons comme engrais pour une bonne croissance des légumes. Résultat : ils sont plus goûteux et plus nutritifs. On voit une amélioration de la santé dans nos familles. Les cas de maladies liées à l’alimentation sont moins fréquents. »

Ces communautés ont bénéficié de formations en agroécologie, dispensées par des experts d’organisations engagées dans l’agriculture durable. Cette approche met l’accent sur une production durable et respectueuse de l’environnement. Elle permet d’optimiser les rendements, tout en préservant la qualité des sols et la santé des consommateurs. « Le plus grand avantage, c’est que nos légumes sont naturels », ajoute Odile Sanda, une autre maraîchère. « C’est un gage de qualité et de confiance pour ceux qui achètent, et pour nos propres familles. »

Des repas maison plus sains grâce aux légumes du jardin

L’impact des jardins communautaires se ressent jusque dans les foyers. Chez Sanni Adramane, à Daringa, le repas est devenu un festival de couleurs. Un plat de pâte de maïs est accompagné d’une sauce de légumes verts et de tomates fraîchement cueillis. « Avant, notre plat quotidien était souvent monotone », témoigne-t-il. « Maintenant, avec la variété de légumes que nous avons, nos repas sont plus riches et plus équilibrés. Mes enfants en redemandent ! »

Dans le foyer de Fatou, à Ouaké, le constat est similaire. « Nous consommons les légumes que nous produisons. C’est une immense satisfaction de savoir que ce que nous mettons dans nos assiettes vient de notre propre travail. Le goût est incomparable, et on sent la différence sur notre vitalité au quotidien. »

Les légumes, alliés de la santé

Des légumes exposés pour la vente au marché – Crédit photo Chamsou-Dine Baguiri

La production de légumes au Bénin a connu une progression lors de la campagne agricole 2023-2024. Selon la Direction de la statistique agricole (DSA), elle a augmenté de 6,2 % par rapport à la campagne précédente. Pourtant, la malnutrition reste un problème majeur, notamment chez les enfants et la faible consommation de légumes en est une cause importante.

Une enquête menée au CNHU-HKM de Cotonou révèle que 84,2 % des béninois ne consomment pas suffisamment de fruits et légumes. La malnutrition touche plusieurs localités du Nord-Bénin y compris la Donga, souligne le Dr Vivien Kotché. Il précise que les carences en vitamines et minéraux affaiblissent le système immunitaire. Selon lui, les jardins communautaires offrent une solution concrète. Cultivés selon des pratiques agroécologiques durables, ils produisent des légumes sains et nutritifs. La consommation régulière des légumes produits dans ces jardins contribuera à prévenir l’hypertension, le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’anémie chez les adultes, ainsi que la malnutrition et l’anémie chez les enfants.

Le nutritionniste Eric Dossou-Gbété renchérit. « La consommation régulière de légumes variés est indispensable pour la santé, aussi bien chez les enfants que chez les adultes. Les légumes sont riches en fibres, en vitamines et en antioxydants, et contribuent à prévenir certaines formes de cancer. Grâce aux jardins communautaires, la population bénéficie d’un accès constant à des légumes sains, ce qui encourage leur consommation régulière. Cela favorise ce qu’on appelle le plat santé, composé à 50 % de légumes, essentiel pour prévenir les maladies liées aux carences nutritionnelles. »

Un appel à généraliser l’initiative

Face aux résultats positifs observés à Daringa et Kantè, une question s’impose. Pourquoi ne pas étendre cette approche à tout le pays ? « L’État doit saisir cette opportunité », lance Samuel Koussagou, agronome et expert en agriculture durable. « Les jardins communautaires ne sont pas de simples initiatives agricoles. Ils sont une solution durable à l’insécurité alimentaire, une manière de créer de l’emploi et de promouvoir la santé. Nous appelons les autorités à soutenir et à étendre ce modèle à toutes les villes et villages du Bénin. »

Il est important de renforcer lescampagnes de sensibilisation sur la consommation des légumes, à l’image de celle menée par l’ONG GAIN. L’État, avec le soutien des ONG, doit développer des projets de jardins communautaires dotés de systèmes d’irrigation adaptés. Pour que les bénéfices d’une alimentation riche en légumes atteignent le plus grand nombre, les médias traditionnels, numériques et sociaux doivent s’impliquer activement en diffusant des contenus éducatifs sur leur importance dans l’alimentation quotidienne.

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