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Bénin ! Quelques acteurs politiques racontent la conférence nationale des forces vives de la Nation de février 90

‘’La Conférence nationale des forces vives de la Nation est un événement majeur dans l’histoire du Bénin. Nous avons estimé que 30 ans après, il est important de marquer un arrêt avec quelques acteurs clés de cet événement, des personnalités qui ont travaillé à l’avènement de la démocratie. Cette conférence fait l’objet d’un oubli et d’une sorte de mépris de notre part et du pays. C’est pourquoi nous avons considéré qu’il faut continuer à souffler sur la braise de la démocratie et de la Conférence nationale pour ce qu’elle nous a apporté’’ dixit le Professeur Joël Aïvo à l’ouverture de l’atelier sur la diffusion des acquis de la Conférence nationale des forces vives de la Nation qui s’est déroulée du 19 au 28 février 1990. Il était question pour les participants à cet atelier, d’écouter des témoignages vivants de ce moment historique du Bénin.

Après Porto-Novo, c’est la ville de Parakou qui accueille l’atelier de diffusion des acquis de la Conférence nationale des forces vives de la Nation. Une initiative de l’Association Béninoise de Droit Constitutionnel ABDC avec le soutien de Open Society Initiative for West Africa OSIWA. Plusieurs jeunes venus des quatre départements du septentrion ont pris part à cet atelier. L’objectif de l’ABDC en organisant cette activité, est de partager les acquis de cet événement majeur du Bénin avec la jeune génération.  Ces jeunes serviront à leur tour de relais pour poursuivre l’œuvre de transmission de cet héritage démocratique. Les participants ont été entretenus par deux personnalités politiques du Bénin. Il s’agit du Président de la Cour Suprême Ousmane Batoko, l’un des membres du comité préparatoire de la Conférence de Février 90 et de Sylvain Akindès Adjékpédou, ancien ministre et participant.

Deux thématiques ont été développées au cours de cet atelier. La première porte sur  »l’héritage de la Conférence nationale de 1990 pour les générations futures » et la seconde sur  »la Conférence nationale des forces vives : 30 ans après ».

Ousmane Batoko entretient les jeunes sur l’héritage de la Conférence nationale
Crédit photo Chams-Dine BAGUIRI

Le Président de la Cour Suprême Ousmane Batoko, est l’un des grands témoins choisis par l’ABDC pour partager avec les jeunes l’héritage de la Conférence Nationale de février 1990. Ministre de l’information et de la communication du Président Mathieu Kérékou pendant cette période, il était l’un des 8 membres du comité préparatoire de cet évènement historique. A cœur ouvert et sans langue de bois, il a d’abord raconté les raisons qui ont conduit à l’organisation de la Conférence :

‘’La conjoncture internationale d’alors, les salaires impayés des agents de la fonction publique de janvier à novembre 1989 et la situation économique, politique catastrophique ont plongé le pays dans une léthargie totale. Les mouvements de grève, tensions et heurts incessants ont poussé le Président à prendre la décision d’organiser la Conférence nationale des forces vives de la Nation afin de pallier la crise. C’est ainsi qu’un comité préparatoire a été mis sur pied’’.

Ousmane Batoko raconte que ledit comité a travaillé de novembre 1989 à février 1990 sans aucun budget.

‘’Il était question de faire le bilan politique, économique, culturel, social, d’identifier les participants à la conférence pour ne citer que ces points là … Il fallait éviter qu’il y ait un clash au sein du Parti de la Révolution Populaire du Bénin PRPB. Pendant que certains travaillaient pour la réussite de la Conférence d’autres étaient dans la logique de la faire échouer.  Dieu merci tout s’est bien passé, toutes les couches de la population ont été représentées ainsi que les béninois de la diaspora de même que les exilés volontaires et involontaires. Le consensus a été finalement trouvé après 9 jours d’échanges houleux. La hache de guerre a été enterrée et les conclusions issues de ces pourparlers ont été appliquées par le Président Mathieu Kérékou’’.

Ousmane Batoko, actuel président de la Cour et ancien membre du comité préparatoire de la Conférence nationale de février 1990.
Ce que je retiens du témoignage de Ousmane Batoko

Ce que j’ai retenu du témoignage du président de la Cour Suprême est que la Conférence nationale des forces vives de la Nation de février 1990 a été une occasion pour les populations d’exprimer leur volonté inébranlable de vivre libre. Une requête qui été favorable avec à la clé l’application des conclusions issues de cette Conférence. Ces conclusions sont entre autres:

Les libertés : d’expression, de presse, d’aller et venir, d’association et d’entreprise ;

Le pluralisme politique ;

Le libéralisme économique

Le retrait de l’Etat des activités économiques à l’exception des secteurs vitaux dont l’eau et l’énergie.

C’est ainsi que nait une nouvelle ère au Bénin avec l’avènement du régime démocratique.

Autre chose qui a retenu mon attention est le regret émis par Ousmane Batoko avant sa conclusion. Le drame de la corruption généralisée qui s’est emparée du Bénin en particulier la corruption électorale. La corruption électorale est née avec l’avènement de la démocratie libérale multi-partisane. Ce phénomène n’existait pas pendant la révolution, s’est-il fait précis. Il a exhorté les jeunes à faire preuve de sacrifice, à travailler et à être patriote afin de se soustraire de toute situation pouvant les conduire à la corruption électorale.

Le deuxième grand témoin, ancien ministre, Sylvain Akindès Adékpédjou a pris part aussi à la conférence de 1990. Il a mis un accent sur le fait que la conférence a été souveraine.

‘’La conception de mot Nation est née de cette Conférence. Elle a réuni toutes les couches socio-professionnelles du pays sans discrimination aucune’’, a-t-il déclaré.

L’ancien ministre a également souligné quelques insuffisances de la conférence et conclut que

‘’rien n’est encore acquis en matière de gestion du pays’’. 

Sylvain Akindès Adékpédjou.

Les jeunes ayant pris part à cet atelier repartent avec entre autres bouquins intitulés  »Construire l’unité nationale et Réflexion sur le multipartisme béninois et son incidence sur l’évolution de la nouvelle expérience démocratique ». Ils s’engagent à partager avec leurs amis, ces acquis de la Conférence nationale relatés par les deux témoins.

Conseils de Joël Aïvo aux jeunes
Crédit photo Chams-Dine BAGUIRI

Le président de l’ABDC, Joël Aïvo, a saisi l’occasion pour sensibiliser la jeunesse en ces termes :

‘’Si vous croyez à la démocratie, défendez là. Si vous croyez aux droits humains, défendez les…’’.

Le constitutionnaliste a par ailleurs exhorté les participants à s’engager davantage dans leurs associations et communes respectives car le pays ne peut se construire sans un minimum de sacrifice.

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Auteur·e

kparonbaaru

Commentaires

Gbotri
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C'est génial

Chams-Dine Baguiri
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MERCI